Après ce bref répit à Mendoza, nous reprenons un bus à destination de Salta, dans le nord-ouest du pays. Jolie ville à 1200 m d’altitude, on s’y promène rapidement mais on la visitera plus en détail plus tard. Nous allons passer une dizaine de jours à sillonner la région du nord au sud au volant de notre nouveau bolide de location, qu’on a choisi plus haut sur pattes et plus puissant que les autres pour moins serrer les dents quand on quittera les routes goudronnées (spoiler : on a bien fait).

On est accueilli à Salta par un bon petit 28 °C, chaleur moite et orageuse… Nous avons laissé le vent derrière nous, mais ici, l’ennemi public n°1, c’est la pluie – ou la « lluvia » comme on dit par ici. En espagnol argentin, les « ll » et les « y » se prononcent « ch », si bien que la « lluvia » devient la « chuvia » (à prononcer si possible avec l’intonation la plus dramatique possible, genre « chuuuvia ») (c’est devenu mon mot argentin préféré).
Pourquoi la pluie est-elle si terrible, vous demandez-vous ? Eh bien parce que l’état des routes en dépend. Un peu de pluie peut causer des éboulements et des coulées de boue, faire gonfler les torrents qui traversent les routes, et il est fréquent que des tronçons soient fermés plusieurs jours. Bref, avant de partir à l’aventure dans la région de Salta, il faut se renseigner sur l’état des routes.
On commence notre périple par le nord : on rejoint d’abord Jujuy, qui n’a de sympa que le nom (« Rou-Rouille », avec un bon R guttural espagnol) en empruntant une route complètement improbable qui passe dans une forêt tropicale. Oui, oui, une forêt tropicale d’altitude sur les pentes de la Cordillère des Andes… les yungas.
Belle rencontre (mais trop brève) avec un drôle d’oiseau à longues pattes et longs cils qui traverse la route juste devant nous : un cariama huppé !!

Après Jujuy, changement de paysage : place aux montagnes érodées et aux cactus.
C’est maintenant que les choses sérieuses commencent. On s’arrête d’abord à Purmamarca, petit village typique du nord de Salta (mais archi-touristique), connu notamment pour son Cerro de los 7 Colores, une montagne qui présente un étonnant dégradé de couleurs.
On a passé une nuit à Purmamarca, ce qui nous a permis d’en profiter le soir et le matin, quand les nombreux bus de touristes sont partis !
Après Purmamarca, on emprunte une route extrêmement sinueuse qui nous fait prendre 2000 m de dénivelé en à peine 30 km… Ce qui signifie qu’à son point le plus haut, on est à plus de 4000 m d’altitude ! Une bagatelle pour les Argentins, mais nous on sent bien le manque d’oxygène, surtout après une ascension aussi rapide.
À cette altitude, on découvre un nouveau type de paysage : la puna, soit un désert d’altitude typique de la Cordillère. Et qui trouve-t-on dans la puna ?
Des lamas ! Nos premiers lamas. Ils sont si beaux, malgré leur petit air hautain et vaguement hostile.

Un peu plus loin, on arrive aux Salinas Grandes – une saline un peu dénigrée car du côté bolivien, tout près, les salines sont autrement plus impressionnantes. Et pourtant, celles-ci nous en ont mis plein la vue !
On a de la chance car il a beaucoup plu récemment et les salines sont pleines d’eau. Effet miroir parfait, c’est magique.
On reprend la route pour monter toujours plus au nord, longeant des « quebradas » (sortes de canyons), dont la fameuse Quebrada de Humahuaca.
On traverse plusieurs villages :
* Maímara et sa Paleta del Pintor, une série de montagnes colorées rappelant la palette d’un peintre.
* Tilcara, où nous nous sommes arrêtés pour déjeuner. L’occasion pour nous de tester le locro, un plat typique de la région et cousin du cassoulet, mais avec plus de maïs et moins de saucisses de Toulouse. On goûte aussi aux empanadas de quinoa (un délice) et… de lama. 😀 Ne nous jugez pas.
* Humahuaca, où on plante le tipi pour notre première nuit à 3000 m d’altitude ! De Humahuaca part une route panoramique assez folle qui va vers le Serrania del Hornocal, où nous attend une vue phénoménale à 4350 m d’altitude sur des montagnes aux couleurs hallucinantes (non, je ne suis pas encore à court de superlatifs).

À 4300 m, autant dire que les effets de l’altitude se font vite sentir. Souffle court, poitrine compressée, légère nausée… Il faut économiser les efforts. Mais forcément : « Oh, un joli point de vue au bout d’un sentier en pente, allons-y ! »

Et puis : « Ah oui, cette pente est sacrément pentue dis donc. Je vais peut-être la remonter doucement et faire des pauses avant de vomir. »
(Apparemment, une des techniques pour monter une pente plus facilement en altitude est d’y aller à reculons… Est-ce qu’un habitué de la montagne peut valider cette théorie ?)
En partant, deux femmes nous demandent si on peut les déposer à Humahuaca. Drôle ! Deux locales, mimi comme tout avec leurs deux tresses et leur petit chapeau. Cette région est habitée par plusieurs communautés indiennes encore très traditionnelles, mais notre espagnol de base ne nous permet hélas pas de leur poser beaucoup de questions….
Le lendemain, nous partons vers une nouvelle destination : le petit village lointain d’Iruya, à 50 km de Humahuaca. 50 km de route absolument épique, avec traversées de torrents, trous et crevasses, lacets serrés et bon dénivelé… Sueurs froides garanties, mais quelle belle route ! (On est contents d’avoir une grosse voiture.)


Les Argentins ont l’habitude de ces obstacles et cette route, dans cet état, ne leur pose aucun problème. Elle est pourtant souvent fermée à cause de la pluie (chuuuviaaa), car trop dangereuse… La référence : si le bus passe, tu passes.

L’arrivée à Iruya est canon, on découvre le village perché à flanc de montagne au détour d’un virage, son clocher jaune et bleu tranchant dans le décor.
On se promène, on grimpe jusqu’à un point de vue au-dessus du village… On est en début d’après-midi et tout le monde fait la sieste, d’autant plus qu’il fait une chaleur étouffante !
On ne reste finalement pas longtemps à Iruya. On reprend la route du retour, la fameuse, qui à elle seule vaut la peine d’aller visiter Iruya si comme nous vous n’y restez pas très longtemps.

Changement radical de décor le jour suivant : nous allons au Parc national Calilegua… dans la jungle.
Il fait une chaleur humide de serre tropicale. Le Parc abrite une faune variée, singes hurleurs, tapirs, jaguars et autres, mais on sait qu’on ne les verra pas. Le Parc est grand ! Et surtout réputé pour ses oiseaux.
On plante la tente, opération qui nous prend 5 à 10 minutes… pendant lesquelles on se fait dévorer par de petits insectes affamés. Bienvenue dans la jungle.
On commence notre visite du Parc bien motivés, avec une petite randonnée vers une lagune. On est en nage en deux minutes, mais il faut dire qu’on est dans les heures chaudes de la journée… Pas malin.


Point de faune visible, mais beaucoup de cris d’oiseaux et de vrombissements d’insectes ! Chouette ambiance. On voit quand même énormément de papillons, dont un splendide Morpho, qui hélas n’a pas daigné ouvrir ses grandes ailes bleu électrique quand on le prenait en photo.

Une grande route traverse le Parc de part en part : voilà donc notre programme en attendant le soir. On retentera une randonnée plus tard, pour maximiser nos chances de voir de la faune. On voit plein d’oiseaux en chemin !

Deux belles surprises sur la route :
– un aigle absolument gigantesque, qui décolle juste devant notre voiture pour aller se poser dans un arbre tout près. Il est tellement massif que la branche a cassé sous son poids, l’obligeant à s’envoler pesamment, tenant toujours ladite branche entre ses serres (pour faire bonne figure sans doute).
– un agouti ! Il a malheureusement été trop furtif pour une photo, mais si vous ne visualisez pas bien le machin, c’est une sorte de très gros cochon d’Inde haut sur pattes. 🙂
La route grimpe jusqu’à arriver dans les nuages, typiques de ce genre de forêt d’altitude. Il fait un peu plus frais, on respire.
Puis arrive le soir. On vise un sentier qui s’enfonce profondément dans le forêt et débouche près d’une cascade. On se prépare comme pour aller à la guerre : lampe frontale, anti-moustique, quatre bouteilles d’eau… pour tomber nez à nez avec un panneau « sentier fermé » au bout de 3 mètres.
Les récentes pluies ont fait trop de dégâts sur les sentiers et les seuls ouverts sont courts et parallèles à la route… Imaginez notre déception.
Qu’à cela ne tienne, on pique-nique face à une jolie vue dégagée.
… Mais c’était sans compter sur les moustiques. Repli !
Notre dernier espoir de voir de la faune : une tour d’observation. On s’y installe à l’aube et on attend les oiseaux de pied ferme.


À court de sentiers de randonnée, on quitte donc Calilegua un peu plus tôt que prévu, mais sans regret. Le road trip, c’est reparti ! On va vers le sud de Salta de cette fois, mais ce sera pour un autre article… À suivre !
Hélo




















































Wow! Just wow!… Mais les petits insectes affamés… ne font pas très envie! 🙂 Bisous!
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Depuis on a acheté un bon anti-moustique… 😅
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