Shukubo à Koyasan : un week-end hors du temps

Sortons un peu des villes si vous le voulez bien et allons nous perdre à 100 km au sud d’Osaka, au sommet d’une petite montagne sacrée répondant au doux nom de Koyasan.

Une petite carte depuis Tokyo, tiens.

Pour y aller, il faut prendre un train, puis un petit téléphérique, puis un bus… On pourrait penser que c’est l’aventure, mais que nenni, nous sommes au Japon où tout est prévu pour que surtout, SURTOUT, il n’y ait pas d’aventure ! Il existe un ticket combiné pour rejoindre facilement Koyasan depuis Osaka, et des gens nous attendent à chaque étape pour nous aiguiller (= nous jeter dans le bon train/bus et nous fourrer plan et horaires retour dans les mains au passage). Alors oui, c’est pratique, mais l’aventurière en moi aurait aimé qu’on la laisse galérer un peu plus, histoire que ça se mérite. Mais finalement, on s’en fiche, place à Koyasan !

La choupitude de cette gare ❤

Koyasan est un site religieux très important rassemblant une centaine de temples et est encore un haut lieu de pèlerinage aujourd’hui. Quand on arrive, on va se présenter au temple où on va passer la nuit et poser nos affaires. Dormir dans un temple et découvrir le quotidien des moines, c’est ce qui s’appelle un shukubo !

Le casier à chaussures de la classe

On arrive un peu tôt pour s’installer, on découvrira nos quartiers plus tard. En attendant, on déambule dans Koyasan en direction du mystérieux Okunoin, le plus grand cimetière du Japon.

De jolies choses en chemin…

Ouch le torticolis

On arrive aux portes d’Okunoin. L’endroit est chargé de spiritualité, de sérénité et de majesté… Les pins et cyprès plusieurs fois centenaires y sont pour quelque chose, mais le cimetière abrite aussi le mausolée du bienveillant Kobo Daishi, fondateur des premiers monastères de Koyasan et haute figure du bouddhisme au Japon (officiellement Kobo Daishi n’est pas mort, mais entré dans un état de méditation éternelle à Okunoin).

Autant vous dire que le tri de photos a été ardu.

De la mousse, des vieilles pierres et les rayons du soleil sur tout ça : le combo parfait.

Ça caille sévère. À ce stade-là de notre balade, on avait déjà perdu quelques doigts.

Partout, on voit des petits bouddhas habillés de vêtements rouges… Il s’agit de Jizô, gardien des enfants et des voyageurs. Jizô assure le lien entre les mondes réel et spirituel… Il protège notamment les enfants décédés trop tôt, qui n’ont pas eu le temps d’accomplir assez de bonnes actions pour assurer leur réincarnation et restent donc entre deux mondes.

Le cimetière fait bien 2 km en longueur. Tout au fond se trouve le fameux mausolée de Kobo Daishi… (Photos interdites, évidemment). On commençait tout juste à bien maîtriser la prière de base dans les temples que nous voilà confrontées à de nouveaux rituels, comme se frotter les mains avec de l’encens avant de rentrer dans le mausolée… On observe, on apprend, on s’exécute, on ne veut froisser personne.

Heureusement on a notre manuel de survie

Retour vers les terres des mortels dans la lumière déclinante du soir pour rejoindre notre temple. Le dîner est servi tôt (17h30 – 18h) et on ne voudrait pas être en retard.

On arrive au temple. Un jeune moine nous fait visiter les lieux (c’est grand !) et nous montre notre chambre. Il y a un espace commun, des bains chauds (yessss !), des jardins invitant à la méditation et un espace réservé à la cérémonie du matin, à laquelle nous sommes invitées.

Un kotatsu, une des meilleures inventions de l’humanité (c’est une table chauffante avec une grosse couette pour se caler en dessous) ❤
La base

C’est… On n’a pas de mot. De tous mes voyages, c’est un des plus beaux endroits où j’ai eu la chance de dormir.

Le dîner est servi !
Vue d’avion, parce que ledit dîner occupe la moitié de la chambre

Après ce somptueux dîner végétarien (nous avons découvert tant de sortes et de textures de tofu différentes, c’est fascinant), nous ressortons nous promener… J’ai très envie de redécouvrir le cimetière de nuit !

La nuit, tous les temples sont gris… Ah bah non apparemment.

Entrons dans le cimetière…

L’ambiance est loin d’être flippante-mystérieuse comme on pourrait s’y attendre…. En partie à cause des grands lampadaires qui éclairent le sentier et des groupes de touristes en visite guidée nocturne, mais aussi parce que finalement, il règne une atmosphère bienveillante et sereine dans Okunoin.

On rentre bien vite se mettre au chaud sous notre kotatsu ! Comme à peu près tous les bâtiments au Japon, l’isolation du temple est quasiment inexistante… On se les gèle derrière ses petits murs en papier ! Kotatsu et chauffage d’appoint nous sauveront d’une nuit glaciale.

Futons installés, il n’y a plus qu’à nous glisser dans nos yukatas !

Lever aux aurores le lendemain pour assister à la fameuse cérémonie du matin ! Elle dure une heure, au cours de laquelle le maître du temple et les moines chantent des sutras à Bouddha et nous invitent à adresser également une prière à Jizô, Fudo Myo-o et Kobo Daishi selon le protocole requis – si nous le souhaitons, évidemment. Dans l’assemblée présente se trouvent d’autres touristes curieux comme nous, mais aussi des pèlerins qui participent à la cérémonie avec le plus grand sérieux.

Petite parenthèse sur Fudo Myo-o : c’est une déité associée au feu et à la colère, défenseur de Bouddha. Il est représenté avec un air très énervé en permanence et des petites canines pointues qui ressortent… comme Chapou ! 😀

Cette cérémonie du matin est un moment privilégié. Il ne s’agit pas d’une attraction pour touristes et le plus grand respect est de rigueur. Le maître du temple a pris son temps à la fin pour nous expliquer la cérémonie, l’histoire du temple et ses divinités. Il nous a emmené derrière l’autel, dans la partie « réservée aux moines »… et nous a autorisés à prendre des photos, chose extrêmement rare à l’intérieur d’un temple.

Cet endroit est époustouflant.

Place ensuite au petit déjeuner !

Après une sieste divine sous le kotatsu bien sûr
.
Riz, soupe miso, radis jaune, tofu… et pomme ! Sachant qu’une pomme coûte plus d’1€ l’unité, c’est le luxe.

On passe encore un peu de temps à profiter du temple avant de continuer notre visite de Koyasan… Cet endroit est vraiment fabuleux. Il va nous manquer. Le kotatsu aussi. Rien que d’écrire ces mots, je sens une larme couler sur mes joues (jamais trop).

Petite lanterne aux 12 signes du zodiaque

*Soupir*

Allez, il faut partir maintenant.

On consacre cette deuxième journée à nous promener, visiter d’autres temples et faire un tour au musée Reihokan, le musée des trésors (très intéressant, avec de bien jolies choses, mais point de photos).

Ouais ça caille toujours

La plupart des temples ont été détruits à plusieurs reprises à cause de grands incendies ou de la foudre (!), et ont été reconstruits à chaque fois. Belle détermination.

Celui-ci a été foudroyé 5 fois et a brûlé 1 ou 2 fois par exemple.

On a un peu l’impression d’être au Disneyland du pèlerin… Chaque édifice a son propre protocole, ici on doit se toucher le front avec de l’encens, là on doit s’incliner 2 fois et taper dans ses mains, là sonner une cloche, ou taper sur un gong… Clou du spectacle : le temple entièrement rotatif, tel un moulin. Là, même le petit guide du bouddhisme au Japon ne peut plus rien pour nous.

Temple rotatif : on s’agrippe aux « poignées » en bois et on tourne !

Pèlerine parfaitement équipée.

Vient ensuite le temps des adieux et le retour à la frénésie d’Osaka… Koyasan m’aura bien ressourcée, j’ai fait le plein de sérénité intérieure pour les prochains jours. Prochaine destination : Beppu, ville thermale aux multiples sources chaudes… Autant dire qu’on ne devrait pas trop se stresser dans les prochains temps.

À bientôt !

Hélo

2 commentaires sur “Shukubo à Koyasan : un week-end hors du temps

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    1. Ce cimetière est probablement le plus joli et zen que j’ai jamais vu.

      Et cette table à couverture chauffante me semble très pratique, bien que je n’ai pas toute à fait compris le truc.

      J’aime

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